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"La Fédération Wallonie-Bruxelles au sein de la Francophonie": interpellation

J'intervenais ce mercredi, au parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, pour compte du groupe socialiste, sur le rapport "La Fédération Wallonie-Bruxelles au sein de la Francophonie"
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Voici le texte de mon intervention pour le groupe PS sur la Francophonie au cours de la séance plénière de ce mercredi 01 juin 2016 au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

«  Je tiens tout d’abord à remercier mon collègue Jean-Paul Wahl pour son rapport, qui permet de débattre sur des sujets qui me tiennent à cœur, ainsi qu’à beaucoup d’autres: la place de la Fédération Wallonie-Bruxelles au sein la Francophonie.

Je le remercie aussi pour la qualité descriptive de son rapport et je salue l’intelligence qu’il a eue de s’adjoindre l’expertise de Roger Dehaybe qui connaît magnifiquement bien la Francophonie et ses racines historiques. Je me permettrai de le saluer et de me rallier aux propos élogieux tenus par M. Wahl à son égard tout à l’heure. Connaître et bien comprendre l’histoire permet forcément de mieux définir et tracer le futur. L’intitulé du rapport étant La Fédération Wallonie-Bruxelles au sein de la Francophonie, il était important – et vous le soulignez à juste titre –, de rappeler le rôle historique joué par la Fédération Wallonie-Bruxelles dans la Francophonie institutionnelle, tant pour l’APF que pour l’OIF.

Il s’agit d’un rappel essentiel: la Fédération Wallonie-Bruxelles assume seule sa contribution auprès de l’OIF dont elle est le quatrième contributeur direct. En ce qui concerne les matières relevant de la Fédération ainsi que les matières régionales, l’OIF ne peut privilégier le pouvoir fédéral quant aux prises de parole ou au traitement protocolaire, vous l’avez également souligné.

Notre Fédération se voit donc reconnaître un statut officiel de membre à part entière bénéficiant d’une visibilité et d’un rayonnement non négligeable au sein de cette institution et dans ses relations bilatérales. Mes chers Collègues, un des atouts majeurs de la Fédération Wallonie-Bruxelles au sein de l’OIF est notre expertise. Le regroupement de nos différents experts et acteurs de terrain wallons et bruxellois au sein de Wallonie-Bruxelles International et l’association des ministres régionaux aux concertations francophones dans leurs champs de compétence, Paul Furlan pour l’environnement, Jean-Claude Marcourt pour le numérique notamment, renforcent notre positionnement en tant qu’entité représentante des francophones et nous permet de prolonger notre action au-delà de nos compétences strictes. La Fédération unit les forces francophones de Wallonie et de Bruxelles sur le plan international. Si nous devions demain disperser nos actions et notre représentation, nous perdrions incontestablement en visibilité, en influence et en opportunité. Maintenir un haut niveau de collaboration, maximiser les synergies partout où elles sont possibles, parler et agir d’une seule voix au sein de l’institution est primordial. Toute autre approche conduirait au repli et à l’affaiblissement des francophones wallons et bruxellois.

Vous émettez un certain nombre de constats objectifs, déjà connus pour la plupart, et sur lesquels il est difficile de ne pas vous rejoindre, Monsieur Wahl, à savoir le recul de l’usage de la langue française dans des domaines tels que la diplomatie, la recherche, les sciences, mais aussi l’éducation. Vous relevez également, et je le salue, les projets de l’OIF mis en place pour répondre à ces constats. Ils démontrent la conscience des défis et la volonté de la Francophonie et de ses membres de continuer à porter et à défendre le patrimoine culturel francophone et à accroître son rayonnement. L’adoption de résolutions sur le multilinguisme à l’ONU, la réalisation d’un vade-mecum sur l’usage du français à l’attention des ministres des Affaires étrangères dans les organisations internationales et régionales, et le réseau des bibliothèques nationales numériques constituent autant de projets emblématiques.

Je profite de cette tribune pour souligner que c’est l’usage hégémonique d’une seule langue comme unique vecteur d’expression pour l’éducation, l’économie, la diplomatie, la recherche scientifique, l’innovation ou la culture, qui constitue une réelle menace, bien plus que l’expansion de l’usage de l’anglais. Outre la promotion du patrimoine culturel francophone, la Francophonie défend la diversité des expressions linguistiques et culturelles comme autant de vecteurs de vision du monde et d’identité culturelle qui peuvent cohabiter et s’enrichir pour autant qu’elles partagent un socle commun de valeur pacifiste, humaniste et de respect. En ce qui concerne le rôle de la Francophonie institutionnelle, si sa vocation première était de promouvoir et de défendre la culture et la langue françaises au travers de l’éducation, de la coopération technique et de la culture, les champs d’action se sont élargis – et c’est heureux – à l’économie, à l’environnement et à la santé notamment. Cet élargissement répond à la nécessité de faire face aux nouveaux défis tels que la mondialisation, les préoccupations liées aux changements climatiques ou encore la montée des radicalismes qui ne peuvent pas ne pas inquiéter l’espace francophone, tant ils portent des germes aussi dans ses frontières supposées. Si aujourd’hui le spectre de l’action francophone institutionnelle s’élargit, à juste titre, il est essentiel que les valeurs d’universalité, de solidarité, d’humanisme et de coopération continuent de guider les projets, les actions et les orientations stratégiques de cette institution. C’est d’ailleurs ce qui constitue l’ADN et la spécificité de la Francophonie dans sa conception. Dans ses dimensions culturelle, politique, économique, à travers ses institutions, la visibilité et le rayonnement de la Fédération Wallonie-Bruxelles par-delà ses frontières – le rapport en fait mention – la Francophonie nous offre aussi l’opportunité de renforcer nos réseaux diplomatiques et de consolider nos actions de coopération en nous permettant de prendre une part active au développement et de démultiplier l’impact et le poids de nos projets en coopération internationale. Notre place au sein de la Francophonie sera d’autant plus renforcée que notre action en son sein constitue une prolongation de l’action et des priorités que nous portons déjà dans notre politique internationale; c’est incontestable. Nombreuses sont en effet les priorités de la Fédération qui convergent avec celles de la Francophonie. J’en épinglerai trois:

  • primo, le renforcement des capacités des acteurs locaux par la mise à disposition de notre expertise dans des domaines permettant le développement de secteurs économiques porteurs;

  • secundo, le développement de projets destinés à l’émancipation des femmes et des jeunes filles par des programmes de formation professionnelle;

  • tertio, le soutien à la formation de journalistes indépendants par l’organisation de cursus universitaire de deuxième et de troisième cycles. Par ailleurs, la Francophonie dispose de nombreux outils et de cadres stratégiques.

Il est fondamental que l’ensemble des organes de discussion et de consultation de la Francophonie institutionnelle puisse s’en emparer afin d’être le plus proactif possible dans leur concrétisation et l’atteinte de leur objectif.

Les principaux projets sont cités dans le rapport de M. Wahl. Outil d’intégration, d’émancipation, de partage de la connaissance et de solidarité, la Francophonie devra aussi être un outil au service du développement économique, mais pas de n’importe quelle croissance et pas à n’importe quel prix.

La Fédération devra là aussi jouer son rôle pour mettre en avant une vision du développement économique et de la croissance respectueuse de l’humain et de son environnement. Un développement économique empreint de justice sociale et qui intègre la jeunesse et les femmes, réservoir de richesse et d’innovation qui doivent être au cœur et les premiers destinataires des stratégies mises en place pour créer le futur prospère que nous désirons. Je me permettrai enfin de relever quelques enjeux qui tiennent à cœur au groupe socialiste et sur lesquels la Fédération gagnerait à s’impliquer de tout son poids, ce qui contribuerait à asseoir plus encore sa place au sein de la Francophonie. Premièrement, face à la crise migratoire, la Francophonie a aussi son rôle à jouer, non seulement en contribuant dans les pays qui font partie de son aire linguistique et culturelle au respect des libertés, à la médiation et à la résolution pacifique des conflits, mais aussi et surtout en s’impliquant davantage dans certains domaines, comme la prévention de ces crises notamment en renforçant son action d’accompagnement des processus électoraux et de consolidation de l’État de droit dans des démocraties en transition, et par ailleurs, en luttant contre les causes de ces conflits. Deuxièmement, la lutte contre le radicalisme, qui devra faire l’objet d’une conférence internationale en juin 2016. De nombreux pays francophones – je pense au Mali, au Burkina Faso, à la Tunisie, à l’Égypte, à la France, à nous bien sûr, et aux nombreux autres pays que je n’ai pas cités – ont été victimes du phénomène d’extrémisme violent lié à la montée des radicalismes. Il est évidemment primordial qu’au-delà de notre solidarité, nous contribuions de manière active à la réaffirmation de notre appartenance commune aux valeurs universelles. Sans relâche, nous devons avec détermination mettre en commun nos forces et nos ressources, dans le but de diffuser et de promouvoir ces valeurs.

Le ministre-président l’a encore rappelé lors de la présentation de la Note de politique internationale. La promotion des valeurs universelles est un axe prioritaire de notre action internationale. Pour investir pleinement sa place au sein de la Francophonie, notre Fédération doit faire en sorte que chaque action qu’elle pose soit le prolongement de cette priorité. Troisièmement, la jeunesse. Force vive et acteur de premier plan, la jeunesse fait face à un monde où les défis sont de plus en plus nombreux, qu’il s’agisse de la mondialisation ou de la gestion durable et équitable des ressources naturelles. Alors que les inégalités se creusent toujours davantage, il importe de démultiplier les initiatives destinées à répondre aux aspirations et à la volonté d’épanouissement des jeunes pour leur assurer de réelles perspectives d’avenir. Quatrièmement, le continent africain, dont la poussée démographique fait d’elle le plus grand réservoir de jeunesse et donc de richesse. L’Afrique de demain constituera une part importante de la population mondiale et de la population francophone.

Il est primordial que nous soyons à leurs côtés pour relever ensemble ces défis.

La Note de politique internationale intègre déjà cette priorité en plaidant pour revoir nos relations avec ce continent. La Francophonie constitue un espace essentiel pour cela.

Je rappellerai également l’importance de la contribution des femmes dans la réalisation des ambitions d’un développement économique et social plus juste en Afrique, mais partout ailleurs au sein de la Francophonie, bien sûr.

J’emprunterai enfin la phrase de conclusion à Gilles Vigneault, grand poète et grand chanteur québécois:

«La Francophonie, c’est un vaste pays, sans frontières. C’est celui de la langue française; c’est le pays de l’intérieur; c’est le pays invisible, spirituel, mental, moral qui est en chacun de vous.».

Comment ne pas souligner, mes chers collègues, la justesse de l’expression et le parallélisme que l’on peut établir entre notre Fédération et la Francophonie elle-même. »

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