Vous êtes ici : Accueil Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles News Burundi: interpellation

Burundi: interpellation

|

M. Jean-Charles Luperto (PS). – Ce mardi 19 avril, à un peu moins d’un mois de la date anniversaire du coup d’État au Burundi, nous prenions connaissance, par voie de presse, des déclarations particulièrement choquantes du premier vice-président burundais Gaston Sindimwo. Ce dernier, s’adressant directement aux ressortissants des pays ayant suspendu leur coopération avec le Burundi, aurait formulé la demande que ceux-ci fassent un choix entre regagner leur pays d’origine et demander un visa touristique: «Certains blancs ont pris des sanctions contre le Burundi, des sanctions de suspendre leur coopération avec notre pays. Paradoxalement, ils ne veulent pas quitter le Burundi et font leurs promenades dans le pays alors qu’ils ont même fermé leurs bureaux. Nous leur demandons de faire un choix, soit de regagner leurs pays respectifs, ou alors de demander un visa de séjour touristique». Avec toutes les précautions et réserves de mise, ces propos, s’ils sont confirmés, en plus d’être choquants, sont dangereux, car ils prennent à partie des civils pour des raisons politiques, les désignant, sinon comme des cibles, à tout le moins comme des boucs émissaires de décisions politiques sur lesquelles ils n’ont, bien entendu, aucune prise. Nous ne sommes pas sans connaître votre ré- elle préoccupation face à l’instabilité persistante au Burundi depuis l’annonce, en mars 2015, de la candidature du président Nkurunziza à sa propre réélection et la spirale de violence qui s’en est suivie. Nous ne manquons pas nous-mêmes, en suivi de la résolution déposée dans cette assemblée, de rester attentifs aux accusations d’atteinte aux droits de l’homme et, plus particulièrement, à la situation des défenseurs des droits de l’homme et des journalistes indépendants. Plusieurs de mes collègues vous ont, par ailleurs, plus d’une fois interrogé sur le sujet. Mais vous aurez certainement, comme moi, en mémoire les précédentes tensions diplomatiques entre la Belgique et les autorités burundaises, notamment après la prise de position du ministre des Affaires étrangères et l’appel à l’action lancé à l’adresse du Conseil de sécurité des Nations unies et du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine afin de prendre les mesures de protection de la population. Dans ce contexte, pouvez-vous confirmer les propos du premier vice-président relayés dans la presse concernant les ressortissants étrangers de pays ayant suspendu leur coopération avec le Burundi? La Fédération Wallonie-Bruxelles, à travers Wallonie-Bruxelles International (WBI), mais aussi la Belgique, dans le cadre de sa coopération au développement, ont-elles encore des fonctionnaires sur place au Burundi? À travers les liens diplomatiques privilégiés que vous entretenez avec les autorités diplomatiques burundaises en poste en Belgique, des explications sur ces déclarations vous ont-elles été transmises? Des échanges avec le ministre des Affaires étrangères sur la situation au Burundi, la suspension de la coopération de l’Union européenne avec le Burundi et l’avenir de la coopération belge avec ce pays ont-ils ou vont-ils avoir lieu?
M. Rudy Demotte, ministre-président. – Cette question remet en lumière l’évolution inquiétante de la situation au Burundi. Nous sommes face à un discours provocateur de la présidence burundaise. J’aurais aimé démentir vos propos, mais je ne peux malheureusement que les confirmer. Ils m’ont été rapportés directement par un assistant technique de l’APEFE toujours en poste à Bujumbura, sur une base volontaire, je le signale. C’est d’ailleurs le dernier expatrié relevant d’une institution dépendant de la Fédération Wallonie-Bruxelles à être encore en poste au Burundi. Concernant la Belgique, selon les informations en ma possession, le personnel de l’ambassade est toujours en poste, ainsi qu’une dizaine de coopérants de la Belgium Development Agency, l’ex-coopération technique belge. Ceux-ci sont essentiels pour la conduite de la coopération qui, je le souligne, n’a pas fait l’objet d’une totale suspension, ni pour le fédéral ni pour la Fédération Wallonie-Bruxelles. Seuls les programmes d’appui directs au gouvernement ont été suspendus, ce qui a eu pour effet le déplacement du centre de gravité de la dimension institutionnelle vers des résultats bénéficiant directement aux populations, mais je pense l’avoir déjà signalé à plusieurs reprises. C’est l’attitude que nous adoptons avec WBI et l’APEFE. Nous continuons à soutenir la Maison des femmes de Bujumbura. Nous restons présents dans l’établissement d’enseignement technique et professionnel. Nous continuons à développer, avec une ONG locale, une offre de qualité en matière de médecine de réhabilitation. S’agissant des propos que vous rappelez et des circonstances dans lesquelles ils auraient été prononcés, je n’ai eu aucun contact avec l’ambassade du Burundi à Bruxelles, mais j’ai demandé à l’administration de faire toute la lumière à ce sujet avec le SPF Affaires étrangères. Quant à la coopération future avec le Burundi, la réflexion est en cours. Un dialogue politique, prévu le 15 juin prochain à l’échelon fédéral, rassemblera les acteurs de la coopération non gouvernementale. De son côté, WBI est en contact permanent avec le SPF Affaires étrangères au sujet de cette question délicate. Nous continuons donc à suivre l’évolution de très près. Croyez bien que nous sommes plus que sensibles à ce qui se passe là-bas. Nous restons extrêmement vigilants. J’ai évoqué précédemment mon déplacement au Burkina Faso. J’ai abordé ce thème, parmi d’autres, avec le Président de la République, qui a lui-même déjà eu l’occasion d’en discuter avec le Président du Burundi. La pédagogie sera encore nécessaire, car nous sommes face à des crispations vraiment très sérieuses et, j’ose le dire, préoccupantes.
M. Jean-Charles Luperto (PS). – Votre réponse corrobore mes craintes concernant la situation de nos ressortissants et, de manière plus large, les évènements en cours sur place. Votre réponse sur le fond est satisfaisante, même si elle dénonce une situation qui l’est moins. Je remercie le ministre-président pour sa vigilance. Comme lui, j’estime qu’il faut toujours distinguer le soutien que l’on apporte aux gouvernements de celui que l’on apporte aux populations. Cette attitude doit prévaloir de manière transversale dans nos coopérations bilatérales.

image facebook rss facebook twitter RSS

« Décembre 2018 »
Décembre
DiLuMaMeJeVeSa
1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
3031
Contacts


Galeries
Galerie photo